Rêve#37 : Terre-à-tête

Je m’éveille brutalement. 
Je suis allongé sur le dos mais je n’arrive à bouger aucun membre. Un poids énorme m’oppresse et je ne peux soulever la tête. 
J’ouvre les yeux : je ne vois rien.

Je veux déplacer mes membres mais j’y arrive à peine : une matière m’enserre. Je tente de dégager une de mes mains, puis plie peu à peu le coude et étends le bras pour repousser la masse visqueuse et lourde qui me compresse la poitrine.
Ce doit être de la terre. De la glaise me tapisse le corps et l’écrase de son épaisseur humide et dense. En agitant peu à peu les bras et les jambes, je me dégage de la gangue. 

Ma tête, quant à elle, est toujours immobilisée dans l’obscurité. Et quand mes mains atteignent enfin mon cou bloqué, c’est pour toucher une roche dure : un météore qui a englobé tout mon crâne. J’essaie de me mouvoir, à présent que j’ai enlevé la plus grande partie de la glaise qui me retient et que mes jambes sont maintenant libérées de l’essentiel de la matière collante. Mais ma tête, enrobée de roc, reste désespérément au sol et mon corps tourne autour, tel le manche d’un bilboquet collé à sa boule.

En reculant à quatre pattes, j’arrive à traîner la sphère dure qui râcle le sol et fait vibrer mes dents. En tâtonnant, je découvre que je suis arrivé le long d’une paroi et je commence à frapper méthodiquement ma tête contre celle-ci. 
J’ai le cou endolori : le poids de la boule que je dois faire rouler pour la cogner contre le mur inflige à mes muscles une souffrance tenace. Des éclats écorchent mes mains qui essaient d’arracher des morceaux de roche durs et coupants. 
Mes tympans subissent les chocs à travers la cloison. Le son m'assomme et les vagues percussives font vibrer tous les os de mon crâne.

Enfin des pans de matière s’effritent et tombent. Je dégage ma tête et aspire goulûment l’air. Je lèche le sang qui coule des écorchures de ma peau et cela me désaltère.

Ici aussi, il fait noir et il n’y a personne.
À présent que je suis nu, l’humidité de la terre qui m’enveloppait me transit.
Je longe le mur en le suivant de mes mains abîmées. La pièce est concentrique, il n’y a ni fissure ni la moindre aspérité, encore moins de fenêtres ou de portes.
En levant douloureusement le regard, j’aperçois, dans l’obscurité qui se perd, un rond lumineux, très haut, à la limite du discernable. 
Une corde en descend et se perd dans les ténèbres.
Je pars à la recherche de son extrémité.

 

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